CORDES and CO

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pour introduire à une théorie des Cordes signifiantes

Le parlêtre est pris à la logique du signifiant et à ce titre il ne perçoit et ne conçoit le réel qu’au prix d’un hors sens dont il ne peut réduire l’extension qu’en prenant le risque d’une construction du concept. Il échappe ainsi en partie à l’autisme de la modane, en partie seulement puisqu’à divers points de vue sa construction vacille, singulièrement au titre de son désir. Il s’agit toujours d’établir l’impératif d’un objet commun dont la réalité serait incontournable. La biologie contribue à la mise en commun du corps, tout comme l’économie celle de l’échange. La physique théorique, par un jeu de lettres et de chiffres, semble légitimer une convergence totalisée et objectivée des champs, bien qu’elle ait posée à son principe une indétermination fondatrice du côté de l’objet et par conséquence une indétermination du côté de l’espace temps de développement de cet objet. La physique et la mathématique constituent ainsi des contradictoires centrales et fondamentales au régime capitaliste. Il conviendrait au psychanalyste, s’il veut être conséquent à son éthique d’y regarder d’un peu plus près. Il n’y a guère d’espoir pour que ceci advienne à quelque consistance, bien que tout y converge et qu’il n’est pas possible de se repérer dans la variable clinique sans faire appel à un champ conceptuel conséquent. Il y a comme un écart irréductible d’emblée; aussi l’actualité toute relative de l’espace de Calabi-Yau peut servir d’inducteur d’abord imaginaire. Comment se retrouver en prenant appui d’une chose pareille?
Nous sommes un peu habitué à des objets plus “simples”, par exemple au paradoxe imaginaire du bord unique d’une bande de Moebius.
Une variété est un espace topologique abstrait, construit par recollement d’autres espaces simples. Il s’agit donc toujours de cela , construire un espace de référence adéquat qui consiste à l’objet. On ferme le cercle, on met en cylindre la feuille de papier, ce qui autorise à rejoindre les deux extrémités en tore, voire en bouteille de Klein, bien que là notre imaginaire a un peu de mal, mais on arrive à s’y faire, s’faire à l’@sphère? c’est autre chose. C’est comme la bande de Moebius, on la manipule, on y revient et on a oublié déjà ce que la main découvre. Rajouter des anses à une sphère? Bon…
Notre imaginaire est plutôt euclidien, du moins si nous ne sommes pas phobique ou passionné ou fou ou psycho-somatique. Notre variété naturelle se soutient de courbes, de surfaces, de montages qui s’illustrent bien dans le plan d’une robe, un travail d’architecture, même aux limites de l’ordre visuel

Nous sommes toujours dans un espace euclidien gravide mais sans doute travaillé par des objets d’immersion, ce qui nous donne la mesure sensible de ce qu’il peut en être de variétés dans lesquelles ces objets seraient normés, par exemple une variété dans laquelle la bouteille de Klein s’auto-traverse sans bord pseudochirurgical, une variété à plus de trois dimensions, des espaces courbes… mais s’il y a plus d’une variété, s’il n’y a pas de variété “ordinaire”, comment s’y retrouver parmi ces variétés? La topologie algébriques va chercher des invariants des objets mathématiques – qui peuvent être des nombres réels – associés à chaque variété et qui en caractérisent la topologie, des caractéristiques qui posent les structures en d’autres termes que pseudo-intuitifs . En quoi l’étude des variétés peut-elle intéresser autant le psychanalyste que le physicien? En quoi ce qui peut s’opérer au titre de la relativité générale, au titre de la théorie des cordes… est plus qu’une analogie forte, plus qu’un exercice d’intelligibilité?
La variété existe à la fois en soi et hors soi, elle est toujours sur le semblant d’un local, ce qui nécessite un montage de recouvrement de proche en proche pour re-construire une variété sur du proxime. Le cercle se reconstruit d’une série d’arcs qui se recoupent, tout comme les cartes peuvent faire la sphère terrestres , mais alors il ne peut y avoir de carte de la terre, de mise à plat
simplement l’atlas de fragments, la triangulation se déforme selon la courbure

la structure globale de la variété est différente de la structure simple de l’espace modèle. Il y a donc toujours la variété, sa projection locale et l’opération de projection .La sphère ex-iste à sa mise à plat.
Il s’agit de chercher à dimensionner la variété en jeu., soit le nombre de paramètres indépendants qu’il faut se fixer pour positionner localement un point sur la variété. Dimension 1 pour une courbe en abscisse curviligne, Dimensions 2 pour une surface… dimensions 3 pour un volume…déjà , ça se complique… dimensions n pour un n volume. Localement il est toujours possible de définir un espace vectoriel de dimension n, ainsi la notion de droite tangente d’une courbe… cependant une variété demeure irréductible à cette localisation, la terre est incommensurable à ses plans tangents. De manière plus générale, ce sont des découpes de surface qui peuvent définir les topologies globales. Tout cercle d’une sphère la découpe en deux alors que ce n’est pas vrai du tore

la chose se complique effectivement quelque peu , surtout lorsqu’il s’agit de représenter des objets comme la bouteille de Klein
l’objet est alors plongé et sa présentation nécessite de faire abstraction d’une monstruosité locale significative. C’est cette particularité qui va s’effacer dans un espace à quatre dimensions, le tout échappant aussitôt à notre imaginaire, bien que notre raison puisse admettre le théorème de plongement de Whitney qui montre que toute variété abstraite de dimension n peut être réalisée comme sous-variété d’un espace de dimension suffisamment grande, à savoir de dimension 2n.
C’est à dire qu’il y a nécessairement un obstacle à considérer la variété et l’espace ambiant , alors que la variété en soi peut être l’objet de manipulations topologiques sans avoir besoin de faire usage d’un quelconque espace vectoriel
En ce sens l’imaginaire est un obstacle à la réalisation de la variété, du moins jusqu’à Euler qui définit la caractéristique d’une surface sans faire intervenir des valeurs métriques mais uniquement des nombres de points , de lignes et de surfaces. Il écrit S-A+F=2 pour les polyèdres convexes. Cet invariant est généralisé par Lhuilier pour les polyèdres non convexes , comme un tore, par la formule S-A+F=2-2g, en notant g le nombre de trous
Il reste à définir l’invariant autrement que du point de vue extrinsèque de l’espace ambiant. C’est une notion capitale que Gauss va introduire en usant de la notion de courbure. La topologie psychanalytique est elle même intrinsèque alors qu’elle s’égare dans un jeu extrinsèque de représentation. Ceci peut s’illustrer du point de vue de Klossowski sur la figure qui n’est pas une image de Diane au bain mais l’actéonisation du regard.
Le Theorema Egregium (« théorème remarquable » ) indique la courbure d’une surface peut se déterminer selon angles et distances sans référer à l’espace, de sorte que les distances sont géodésiques. De manière plus formelle, la courbure de Gauss d’une surface s’obtient comme le rapport entre l’aire d’un voisinage infinitésimal du point et l’aire de son image sur la sphère par l’application normale.
ainsi il est impossible de plier une feuille de papier pour en faire une sphère, par contre une caténoïde et une hélicoïde ont la même courbure de Gauss

Le rapport aux objets s’en trouve perturbé d’autant puisque l’ordre imaginaire est fragilisé de pouvoir rapprocher structurellement des objets visiblement différents, mais mieux la géométrie euclidienne apparaît comme axiomatique puisqu’il est impossible de démontrer ce qui devient l’axiome des parallèles. Il y a donc des géométries non euclidiennes comme il y a des surfaces non orientables comme la bande de Moebius. L’espace sensible doit être revisité.
Lorsque nous cherchons à modéliser un dispositif, nous opérons une réduction paramétrée quitte à négliger le point dont l’hétérogénéïté permette de positionner le particulier. La névrose exclut la phobie, sa théorie est aveugle à la psychose. La question de l’indépendance des paramètres choisis est en jeu. La simplification peut aboutir à une réduction non opératoire. Une analogie physique peut servir d’exemple , en tenant compte de la question complexe du concept et du signifiant, car si le concept advient du signifiant, le concept installé efface le signifiant. Il n’y a pas de métalangage.
Le pendule double n’est pas paramétré par deux angles mais par un couple d’angles liés par une astreinte de structure, un tore
La position du pendule double est décrite par deux paramètres angulaires.

La position d’un point sur le tore également.
Tout raisonnement sur le pendule double revient à un raisonnement torique.
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Ainsi l’espace temps de la relativité générale, qui est un continuum courbé à 4 dimensions (espace+temps), modélisé par une variété à quatre dimensions
Les théories de champs de jauge dans l’espace-temps, modélisé comme précédemment par une variété à quatre dimensions (pas nécessairement courbe), utilisent pour leurs parts la notion enrichie d’espace fibré différentiel. Il s’agit encore d’une variété différentielle, mais de dimension plus grande que celle de l’espace-temps, qui joue ici le rôle d’espace de base du fibré.

Le mathéme cartésien du cercle suspend le local linéaire du cercle qui fait carte pour une section du cercle, ainsi x pour la partie jaune

De sorte qu’il y a quatre cartes qui font atlas du cercle, mais aussi des zones de transition d’une carte à l’autre hétérogènes
La circularité de la figure topologique achevée évite les cartes locales de sa construction.
Une autre carte serait définie par toutes les droites sécantes dont la carte complémentaire partirait d’un point symétrique, autre atlas où deux points singuliers mesurent l’hétérogène dans le circulaire
Il y a une infinité d’atlas possibles , et de cartes locales
il y a une infinité de topologies locales cohérentes à un espace topologique

Carte tracée par projection stéréographique, représentant toute la sphère sauf son pôle nord.
on peut de même tracer des cartes diverses d’une sphère, d’une n-sphère de manière plus générale sur le modèle de projection locale sur un des n hyperplans

Cette possibilité de localisation projective n’est pas toujours possible
sur la lemniscate de Bernoulli il n’existe pas de carte locale au voisinage du point double. En effet en prenant un voisinage en forme de disque, si petit soit-il, de ce point, le morceau de lemniscate est une croix ce qui en topologie est distinct d’un morceau de droite.

Il est possible de poursuivre en étudiant le discours mathématiques sur les variétés mais le champ analogique ouvert à l’expérience sensible clinique oscille alors nécessairement entre le délire conceptuel et le forçage du réel à la localisation manipulable

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ruines

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l’actualité de Monsu Desiderio invite à interroger ce terme , c’est à dire dégager, étendre l’étendue imaginaire, esthétique, du semblant des ruines à la mélancolie. Ruines de la Cité
.

Voilà que le fantôme famélique impose sa loi, et le touriste de l’étendu regarde ou même photographie ce qui ne put être que tremblement, parfois il se surprend à rapprocher cette ruine immobile, tellement reconnue, fracturée, attendue, de quelque chose qui serait comme un éclat possible sur les choses, entrevoir le déjà mort qui s’agite au delà
Nous serons donc pousser à revenir à la mort, à la morgue, mais nous ne sommes pas chez Witkin
,
chez Serrano cette fois, avec Arasse
,
nous regardons ces fragments anonymes et vivants,

naturellement présents pour notre regard, surpris de les reconnaître comme vrais semblables, la mort nous est redonnée à travers la mascarade télévisuelle du meurtre, dans le poids du Christ d’Holbein, mais selon une fraîcheur naturelle que rien ne peut plus distraire désormais, se sentir humain encore, au delà de l’obscène frénétique de la mise en scène, nous avions oublié et cette fois nous voyons ce que l’antique maintenait cependant à qui veut voir, le Marat mort de David, l’horreur n’est pas à ce chevet, elle apparaît au coin de rue, nous savons, ça , personne ne peut plus nous le voler

Revenons à la fausse mélancolie des ruines, Rome ruinée et redécouverte, Thèbes rasée par Alexandre, reconstruite par Casandre, redétuite, vanité, le monde détruit signe le rebond d’un futur où l’infini sera actuel, et la ruine indique la guerre, la catastrophe, ivresse et fascination, échapper à l’ennui du même, refuser le Paradis, ivresse de Babel qui est aussi ivresse de la colère possible de Dieu, Pompéi aussitôt

Michel Onfray qui pratique la séduction analogique plutôt que l’articulation du concept, aime à nous faire rêver à partir de fragments hétérogènes qu’il monte entre la précision du détail toujours évité et l’articulé différé . Ainsi reprend-il Schopenhauer “l’architecture est de la musique congelée” et donc s’autorise à chercher la musique de scène dont Monsu Desiderio aurait planté le décor et sans doute une sorte de scénographie sophistiquée. Voilà donc Carlo Gesualdo, prince de Venosa, meurtrier cloaque de son épouse, exposant le corps de l’amant à la pourriture, retiré en quelque château sadien pour y subir le fouet de ses mignons quitte à en mourir, tout en composant les Répons de l’Office des Ténèbres du Samedi Saint, sans doute séduit par le collage baroque, entre le :monstrueux et le religieux, le fond de drame hermétique, terreur et pitié, sans doute le retour du Dieu Pam dans la cité, naissa,ce d’un théâtre selon le vœu de Genet. Peut être conviendrait-il alors plutôt que de recopier aristote et sa catharsis s’interroger sur quelque baroque moderne. La séduction du dragon passe sans doute ailleurs et les cendres du signifiant tirent à d’autres conséquences.
Le dragon perd tout effet vaguement poétique et Thanatos retrouve d’un coup la portée réelle que Monsu Desiderio proposait . Hippone est réelle, comme Carthage

il regarde les ruines du forum, il songe à la phrase programmatique de Derrida “il y a là cendre”, ce jeu de l’accent qui écarte la lecture et la voix, ce silence polyphonique qui voudrait faire parler toutes ces voix éteintes qui ne laissent que vague trace à sa propre origine, entre indécision et risque, parler à voix basse pour dans le fond taire ce qui ne cesse de surgir depuis la cendre du signifiant, interpréter cette trace encore chaude, et donc tenir le mi dit à mi voix, comme si un voile sur la voix gardait la pudeur de l’enfoui pour le faire surgir malgré tout dans sa pure lumière une de ce fait, s’faire au nom que le cendre cherche à recouvrir, ils voulaient même effacer jusqu’au souvenir de la trace, Verwerfung,
il y a toujours quelque risque à se tourner vers l’orée des choses, le risque de sombrer dans l’indistinct, sans parole justement, faire alors de sa pensée une pure offrande de perte, entretenir la confusion naturelle, cendre du rêve dans le feu du jour qui préserve du voir, de l’entendu, retrait, perte pour une phénoménologie de la bruyante, la cendre du cigare freudien sur le tapis, retour à la pureté qui est l’indifférence des choses, quelque chose insiste qui est d’une autre nature justement qu’océanique, on ne dit pas le premier signifiant et pourtant il existe dans la poussière qui recouvre le vieux nom, visible dans l’entrevue d’un signifiant l’autre à chaque fois, donc le trait qui différencie ne peut s’atteindre que dans son presque oubli, tout comme il est présent dans l’extrème saturation des signifiants, le S1 est donné sans l’être, il fonde aussi bien le religieux de l’être que son effacement, il n’est pas sans être tout au plus, étant juste l’étant de tout inter-dit,
il y a une indécision d’origine, il n’y a qu’une indécision, nécessaire, qui ne ce fonde d’aucun meurtre premier qui dirait l’origine de la perte, qui fonderait la perte, bref une narration de l’origine logique du langage, fut-ce une lettre d’abord déchiffrée puis brûlée, une lettre effacée du circuit et donc en souffrance éternisée de ce feu, ainsi se fonde la totalité de l’Autre, comme souvenir d’une trace, et pourtant toute conservation de la lettre la fige, la rend illisible,
Encore capturé chez Suetone, ils tuèrent le père, le réduire et cendre, partagèrent la cendre en deux tas, l’un pour accommoder les plats, l’autre pour inscrire la lettre première

franges du temps

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j’aurais pu parler de Guiseppe Penone et des arbres bronzés et des dessins qui installent le réel naturel au coeur du langage, ou encore du propeller group qui spécule sur leur traversée du temps, ou encore des artistes de Dafen qui reproduisent l’art sous toutes ses formes, la photo 3D en quelque sorte sans machine, célébrant à leur manière l’achévement de l’image et le triomphe de l’iconophobie sinon clastie, un monde d’images soumises aux variantes de la négation, il eut fallu ce rouge acide qui peuple l’horizon tordu et non la fatalité atridique, nous n’irons plus au bois, les merveilleux nuages ont franchi l’horizon, laissant les blés délavés au souci , l’atelier est un rêve fermé, l’interdit le frappe d’une scène minuscule, un petit vase spiralé en verre dans l’entre braille d’une porte claquée, les fragments font leçon dans cet écho givré qui ne livre aucune parole oubliée,
Scribble

vivre à travers une série de toiles, c’est curieux de tenir à çà alors que la psychanalyse… bref la septième toile, et cette chose croisée que je devine admirable
ce qui est bien sûr terrible pour la suite éventuelle de la série, appuyée sur Kiefer, Barcelo, Arryx, Leroy… une crainte fascinée devant Rothko
le temps passe , ne le réaliser que de manière indirecte, dans un monde peuplé d’une centaine d’«âmes examinées» comme dit Schreber, et une conversation continue avec un certain nombres d’auteurs souvent morts, le tout entrecoupé d’obligations formelles, une série «pensée» avant de faire, l’ensemble a une allure intemporel, mais entre ça et la supposée brutale interruption du processus des «réalités» qui parlent, c’est sans doute cela le comique de situation, ne pouvant achever quoi que ce soit

écrire de temps en temps, sans doute, écrire à l’adresse possible, im-possible, juste une petite note, une stupide effervescence envahit la perception, pourquoi? puisque les faits mainte fois mâchonnés ont livré leur raison première, nihil, et pourtant le nuage phocéen fait viatique
je trouve chez Adorno une remarque sur l’archaïsme de la lettre chez mon cher Benjamin, il rapproche me semble-t-il cette attitude, qui est aussi fragmentaire dans l’oeuvre, à sans doute quelque schizo dans la structure, j’y lis quelque projectif, une absence de refoulement ou de deuil disons de l’affect comme je l’écrivais il y a peu à cette amie qui s’obstine à faire de l’humanitaire psychiatrique quelque part en Syrie

j’écris ce jour sur les franges du temps, dans l’effraction certaine du possible, je me joue de la structure, je ne sais, je ne sais pas plus que le viatique qui se décide au fil d’écriture, je regarde cette vie qui chahute vers sa fin, déjà? qu’ai-je fais ? ou plutôt que n’ai dit? au moins écrit… je peux en tout cas poursuivre sur ce ton qui ne mène nulle part, sinon du côté de la nostalgie du soleil qui frappe en répétition la falaise proche et l’alcoolique tango qui fusionne la certitude repoussée, ce cher Dante n’a pas fait moins et voilà que des particules glissent sans fin vers le rivage, de minuscules mondes qui pleurent leur nature éphémère, effet mère sans raison, le vol numérique cherche encore parfois le lieu et jamais ne le trouve, pourtant il y a quelque trace dans les pas, je cherchais à voler le jardin et pense soudain plutôt au rivage phocéen, j’y vais aussitôt… mais je ne trouve pas, dream hotel
peau à peau

Alors il est cette lumière qui descendait de la montagne, donc, toujours, toujours, la lumière commençait par ce plus de feu, peut-être les immeubles, deux, trois, je ne sais plus , il y avait encore une vapeur, ce sera une vapeur de fièvre qui monte, le son de l’alcool et deux pièces plus loin dans le couloir quelqu’un qui dormait seule à jamais, et puis le temps de coagulation s’est arrêté, il ne pouvait que ça, pas plus, pas moins, c’est cela, un truc qui se fige dans le regard
L’idée serait de parler sans cesse, sans cesse, sans arrêter de regarder les choses, parler sans regarder ce que l’on dit, ce que l’on écrit, écrire sans cesse, ne pas se retourner, surtout regarder le paysage , face de brume, camion qui passe , tout ce sang
dans la vigne qui disparaît, le ciel s’éclaircit, je sais me souvenir, ce souvenir que j’ai entretenu si longtemps, je sais me souvenir, se taire toujours
L’épuisement gratifiant aussi parle du pic d’activité finalement dépourvu d’impact réel comme si l’écriture pouvait tenir davantage le réel que le fait de dénoncer à voix haute des choses toujours tenues par le semblant, tout le contenu finalement est gauche alors qu’il n’y a pas la possibilité de donner l’une d’un couple formé par quelque histoire , ni poème pourtant, ici le texte devient une sorte de guimauve qui se pose lamentablement à la surface des choses improbables

Les images se déposent lentement dans ce réservoir du temps mais pas régulièrement , il faudrait nettoyer, nettoyer par des mots, certainement des mots qui viennent voisins du possible, pour l’instant il n’y a à attendre bien peu de choses de ce qui visite du gris, un peu le héros au cou de cheval qui regarde les fils qui tremblent, ce qui se teste, un qui n’a rien privilégié de la lumière sur la tour, qui est désespérément dans la chambre , bref les choses changent

Par fragment cela va être difficile, peut-être que c’est ainsi que le texte va se construire, espérons, même s’il n’a pas de contenu manifeste, plus aucune histoire racontée, que ce soit des histoires dans la sphère de dix pieds , que ce soit des histoires socio-politiques, que ce soit des réflexions philosophiques , de la poésie qui est toujours inspirée par sentiment amoureux, quelque chose qui était là d’ailleurs, aussi vite que l’image, l’image pouvant peut-être se soutenir de quelques dessins à la Lautrec, peut-être est-ce à voir avec cet arrière-fond d’alcool, qui n’en finit plus de ne pas venir

Ça creuse juste derrière le sternum, c’est étrange cette espèce de fatigue, cette espèce d’épuisement, tout à fait en rapport avec l’absence d’idées particulières sur un quelconque sujet, de la tonalité même de l’horizon, immobile, inutile, sans perspective que cet impossibilité à construire le moindre espace qui serait de l’ordre d’une fantaisie

Le sujet se dissimule dans ce coin juste là où les panneaux sont pris dans une vue semblable à cette gare de Lille en août où se dissimule l’étude, face à face sans nouvelles, il y a des oeuvres anciennes qui doutent , à quoi tranche la porte de bois sculptée qui indique le chemin de sortie , il faut lire plus loin une esquisse rouge sanglant qui porte mémoire de tous ceux qui étaient

Le fragment de ciel bleu n’est pas crédible, ne donne aucune luminosité dans les pupilles du cheval mort, les militaires veillent partout pour créer un froid primaire, sauvage, définitif , des séries d’oiseaux sans bec arrivent, même plus la merveille de l’eau chantante, et les chevaux traînent en cavalerie immobile et le reflet du parquet a perdu la couleur rouge qui lui donne une allure un peu trop tropicale, et que là vient qui meurt sur un fragment de tête hypothétique

Je veux du pain et des roses, disait le mendiant, peu soucieux de la dégradation de ses habits, c’est le délais de manière générale des fleurs et le discontinu de la peur, l‘épuisement de penser à la seconde session de monde, le discontinu de la pensée , j’aurais pu parler tout aussi bien de de Lévi-Strauss et de sa passion des briques pour, cette forme qu’aurait Paris , texte luxueux sinon luxurieux, le furieux des couleurs

Il faut partir des hommes dans la plus basse extraction de la ville parcourue par un fleuve noir et la remontée jusqu’au feuillage qui tient à la puissance du souffle des éléments, il faut se porter d’un coup à chaque pas et nous avançons lentement sans savoir où nous allons jusqu’au bout de cette colline là-bas, plus loin il y a ce château que nous avons parcouru lorsque nous étions enfants, avec ses femmes qui courraient dans les plaines , me souvenant des chevaux-paysage, sommes-nous pris dans un texte qui devrait se soutenir dans la puissance de son flux et qui n’arrive jamais à s’accrocher à quoique ce soit qui ait une quelconque valeur , ne chauffe la parole qui s’arrête immédiatement

Il y a comme un souffle qui remonte là-bas depuis qu’il secoua très exactement le léger gris des échappements oranges , souffle qui tire sur le battement , il suffirait de fixer un objectif sur ce point pour faire apparaître les nuances et depuis cet horizon les distances avec les dieux , tout ce qui apparaît comme ça , tout ce qui surgit comme ça sans raison, ce que nous appelons toujours plus loin , le tellement vrai qui n’existe pas, ça leur revient en retard, un coup à droite , un coup à gauche et puis tout ceci s’efface et puis et puis des fois, il y a de la brume, oui certainement, demain la brume se lève du marécage, sur le marécage il y a des fleurs et des fleurs différentes, des blanches et rouges couleur de sang et les cavaliers solaires, ainsi jusqu’à l’horizon, comme cela, sur la pierre; il y a des fleurs regardant le ciel et une fois de plus le ciel se pose, nous sommes lourds et puis tout s’arrête à nouveau

Cohen

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le dispositif Cohen est une machinerie comique qui allie avec bonheur une intrigue loufoque mais mettant en jeu une bêtise ordinaire triomphante et un jeu de comédiens parfaitement adéquat voire en contre emploi, offrant à l’acteur tragique ou dramatique le possible de se dédoubler. Ler plaisir du spectateur est ainsi redoublé de cette rencontre où il peut s’identifier au deus ex machina d’un monde stupide c’est à dire s’en distancier du poids de son propre rire. C’est d’ailleurs tout le problème de pouvoir traiter du film comique en général.

extraordinaire Frances Mc Dormand

fargo

l’équarrisseur

Le monde est achevé dans sa course humaine , ce n’est pas une question écologique ou une question économique, c’est un moment de clôture depuis l’ombre de la grotte jusqu’à la solution finale de la chair. Cet irréversible produit des êtres errants et décharnés car ils ne sont plus animés par l’amour mais par le besoin, le désir se réduit à un vague jeu de hasard et lorsqu’ils croient saisir un bonheur, ce ne peut être que l’instrument de leur perte

le tueur n’est pas sentimental, juste méthodique et dans le fond n’a de mobile que celui d’effectuer un certain travail nécessaire, il ne peut donc disparaître
the big lebowski

opus des Coen sans doute un peu brouillon mais pris dans une féérie nickeléenne avec toujours ces personnages nuls, plus tendres que méchants, faux débrouillards parmi des franchement crétins et méchants, l’histoire est plus que compliquée et sans doute emprunte à des scénarios B où nul ne s’embarrasse pour établir la vraisemblance, survivre et ne s’étonner de rien, le milliardaire est un escroc à la petite semaine qui veut braquer sa fille tout en se débarrassant de son épouse, les faux braqueurs sont des nuls prêts à couper l’orteil de leur copine pour faire vrai, la fille du riche est une peintre nue et volante, le copain finit par mourir et ses cendres reviennent en pleine figure de ses copains, le pas tout à fait lebowski n’arrête pas de se faire tabasser, et de rêver, et de se trouver dans des situations impossibles , c’est un monde de bd qui ne demande aucune raison, c’est d’ailleurs par cela que le précédé pourrait lasser à la différence de fargo où l’humour vise l’être, à moins de se dire que cette médiocrité drôle comme cet ancien vietman violent et gueulard est la notre tout simplement
True Grit

avec Jeff Bridges et Matt Damon, les frères Coen tenaient un couple tout à fait actif capable de supporter une mise en scène et narrative assez pauvre, et qui ne se justifierait que d’une série de coups spectaculaires dans le style héros dans les pires conditions, la scène quasi ultime des serpents est un bon exemple, l’héroïne est jetée dans une grotte , un pied coincé, tête en bas par le recul du coup de fusil qui tue celui qu’elle poursuit, elle cherche à se libérer en prenant le couteau d’un mort qui s’y trouve aussi, et dont le cadavre est plein de serpents venimeux qui la pique malgré l’intervention du héros, et malgré une course folle à cheval et à pied sous les étoiles, elle perd une main, les scènes western ne fonctionnent pas, sans doute que l’on peut difficilement refaire Wayne et Hathaway, et puis il y a eu Leone, après tout la pub orchestrée autour de ce film mesure aussi le réel en jeu

the thing

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Le film de Carpenter est de 1982, adaptation de Who goes there? de Campbell (1934), c’est un thème là aussi en cascade puisque la chose d’un autre monde de Nyby et Hawks de 1951( the thing from another world) ou encore Alien vs Predator de 2004 sont dans la même lignée. Il y a beaucoup de faiblesses dans cet opus qui donne large place à une réalité visuelle de la chose façon Alien donc, ce qui enlève de la crédibilité à la présence obscure de cet être et le repousse vers les bestioles kleiniennes qui semblent pas nature viandeuses, sans peau, sanguinolantes, avec de grandes mâchoires genre T-rex. D’ailleurs le mode reproductif de cette bestiole est complexe alors que son caractère parasitaire asexué était très net chez Alien, cette fois il y a un double mouvement entre duplication et dévoration, sans que l’on sache comment on passe de l’un à l’autre, un peu comme si la créature se fatiguait de dupliquer pour se cacher à l’intérieur pour dévorer parce que c’est plus fort qu’elle mais alors elle devient trop visible, on ne sait pas trop si elle avale le modèle après duplication, le seul élément de tension psychologique repose quand même sur l’incertitude identitaire de l’autre mais il faut que sans cesse cet élément soit effectivement massacré par le recours à des scènes de violences du maquillage, il est évident qu’avec le progrès numérique le réalisme stupide de ces bestioles ne peut que s’aggraver , c’est dommage car la chose en tant que étrangeté en l’autre pourrait suffire mais là il faut un cineaste

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19245875&cfilm=182645.html
http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18667405&cfilm=1048.html

Anatomie de l’enfer

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Le film de Breillat est un opus étrange qui ne cède pas sur la sexualité, où les corps semblent vibrer au rituel le plus basal du non rapport. L’extraction d’un homme qui n’aime pas les femmes au creux d’un lieu de plaisir spéculaire où chaque un est le double hors réel non perspectivé de l’autre, cette extraction se fait au prix d’un contrat, celui justement du regard qui ne peut se déposer . La scène de sang monte à l’horizon de ces scènes extrêmement lentes, nocturnes, presque invisibles, inaudibles, le chuchotement aphasique du réel.

Breillat montre à l’évidence que l’image n’est pas sexuelle, que l’obscénité en est le bord fragile.
ce profond ennui de l’impossible que rien ne vient soulager, ce goût de l’écriture et du texte qui se perd dans la pénombre
Le lieu évoqué entre lettre, image et quelque chose d’autre qui peut jouxter au réel, un possible. Autre question comment Antonioni continuait à filmer et Breillat de même lorsque l’organisme semble s’y refuser?
Il s’agit dans cet enfer de l’anatomie de la rencontre organique entre un homme qui n’aime pas les femmes et d’une femme qui semble s’interroger sur le désir d’un homme pour une femme, il s’agit de pouvoir réduire tout ceci à une question de chair , donc aussitôt de découpe et de meurtre mais dans l’espace d’une curiosité infantile suspendue et réduite à un biologisme, d’où sans doute ce texte quasi inexistant ou incompréhensible, ce silence, cette immobilité et de temps en temps le hurlement des flots qui semble pointer quelque océanisme maternel.

la mécanique des femmes

Il y a une fureur du sexe qui dépasse l’hystérie, la nymphomanie, sans doute est ce une fureur qui justement vient mettre à mal la représentation phallique par l’excès anomique qu’elle suppose, nous ne sommes effectivement plus dans la zone pornographique ou érotique, mais bien dans le sexuel et non plus dans la sexualité. Alors sans doute la question “que veut une femme?” cesse de demeurer opaque et les formules de la sexuation tourne côté réel et non plus du côté dans la fond de la jouis-sens. Là encore l’Autrejouir suppose un ouvert dans l’écriture du noeud.
il faudrait sans doute voir ça en rapport avec l’identification et les/sens

Hulot sans pipe

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la connerie avait déjà frappé Lucky Lucke, l’esprit papiste est partout
il pourrait être tout autant question de la mort en attente, en chemin, annoncée par un songe, sans brusquerie, ce moment là, non pas voulu mais actif dans sa venue, ne point reculer et en même temps se souvenir de l’instant qui fut avec humour

et la prétention architecturale rejoint le prêt à penser économique, le triomphe de Sarkozy est total et Ségolène orchestre le reste pour ceux qui auraient toujours un temps de retard,

il sera donc question sans doute de retenir sa propre image de mort d’une photographie mais sans pouvoir saisir autrement que le pâle reflet d’une étendue baignée de soleil,
le semblant de la photographie toujours en attente de l’exactitude alors d’un dessin

c’est cela
ébloui d’ainsi conserver, on dit les traits d’un visage, malgré et à cause de la photographie

trait pour tuer
Lucian Freud porte le défit de la chair presque morte

et le trait facile de Labégorre n’anticipe jamais ses couleurs vives,
le trait minutieux de l’un est coloré de cadavre et l’autre efface comme il peut la caricature de sa saisie, il faudrait trouver un entre deux à sa propre mort, des notes vite raturées entre deux obligations formelles

dans le fouillis des brocantes telle photo rendue à l’anonyme enfin relevée d’un regard, sauvé de sa propre ruine

après passent les fantômes poussés à leurs certitudes et le souffle et le salut à l’objectif, et la crispation instrumentale, et cette femme déjà morte qui ne peindra plus dans le jardin, qui a laissé sécher ses couleurs par orgueil, et toujours les stèles et les statues brisées, les scènes sculptées presque invisibles, le regard vide des dieux

croisons toujours cela avec “demeure, Athènes” et pourquoi pas toutes ces photos qui surgissent d’un monde de l’Est venant juste de s’ouvrir, comme la Corrèze de notre enfance

point de hurlement qui hâte depuis la tombe
ce déchirement
ce déchiffrement depuis le lieu clos
mais le visage est sans orbites
vides que le souvenir d’un regard
qui te portrait vers le soleil matin

le chemin du non désir souffle
d’un air moqueur
loin des chaleurs estivales
qui poussent au contact des sexes
des odeurs lourdes portent maintenant souvenance
cette meurtrissure jaune dont personne ne revient

toujours le fleuve aux couleurs de nuit
un dernier cri avant l’hadès
sans doute celui de ce matin
réduit à l’aspect d’une proie encore trop vive malgré les coups
le vaste mouvement régulier des machines apaise le soupçon de la rive
il n’y avait aucun espace pour la parole
juste le sens matériel
ce pli lugubre de réalité
il faudrait fuir toujours plus loin
toujours sans havre
il eut fallu un regard premier qui chante la venue toujours incertaine des formes
le grand air des sommets ne vient pas par volonté

je rajoute qu’il y a des facilités chez Quignard comme chez Lacan d’ailleurs, sans vouloir pécher par trop de condensations, villa Amalia comme la Chose freudienne relèvent en bien des points de structures épuisées
voilà une jolie recette à mettre bout à bout
Glucksmann décoré par Sarkozyde mieux en mieux
ou encore l’interdiction de la cagoule pour le manifestant, toujours criminaliser toute opposition, toujours ce raisonnement univoque, tout texte critique est terroriste, passons par Giverny pour l’essentiel, loin mais par hors de la connerie du monde

solitude malgré ces fleurs là
toujours redoublées sur la toile
improbable définitivement

l’impossible du deux
roule les vieilles chairs vers l’abîme
cela tient au défaut incomblable d’origine
une trop grande faille dans la suite des temps
rien ne monte au printemps tactile
même ces pleurs n’ont plus d’objet
il dit “pourriture dorée”
il dit “fleur de l’esprit”
il semble encore croire au large
à la houle
aux tempêtes
aux déserts
à l’étendue
le temps du never more est installé dans la durée
il n’est que des chemins parcourus déjà
et déjà effacés
murmure à l’adresse des visages effacés

dispersion